13.8.06

On final runway 09, November Seven-Zero-Four

Je prends mon petit déjeuner, au bord de la piscine. 8h00. Le soleil est levé depuis 2 heures déjà. Un paquet de nuages gris arrive par la mer. Entre mon premier croissant et un pain au chocolat, une grosse averse détrempe tout le monde. Ca ne durera qu’une quinzaine de minutes et je ne m'inquiète pas. Une averse sous les Antilles ne dure jamais trop longtemps lorsque l'on aperçoit juste derrière du ciel bleu. Pas de panique. Nous ne sommes pas à Paris. Tout va bien. Je ne suis pas en retard. 08h30. Je savoure l'instant. Des moments comme celui-là ne se présentent pas souvent dans une vie de pilotaillon. Dans une demi-heure, j'ai rendez-vous pour aller faire un Touch&Go sur la 09 de Princess Juliana.


Il existe des terrains mythiques. Des terrains chargés d’histoire ou des terrains photogéniques. Celui de Juliana (TNCM pour les adeptes des codes) est situé sur l’île de Saint-Martin. Ou plutôt Sint-Maarteen, puisque ce bout de terre des Caraïbes est coupé en deux. Au nord, la partie française avec un aérodrome plus modeste que celui du sud : Grand-Case (TFFG). C’est de là que je vais partir. La partie sud de l’île est hollandaise. Elle héberge l’aéroport de Princess Juliana (SXM pour l’autre groupe de fans) où les liners venant d’amérique du nord et de l’autre bout de l’atlantique viennent se poser. Beaucoup de vols inter îles se terminent où partent aussi d’ici.

HotSpot on the beach



La petite plage de Maho est mondialement connue. Cette plage est juste au seuil de la piste 09. Qui n’a pas vu cette célèbre photo d’un Boeing 747 avec son ombre projetée sur la mer turquoise et son train d’atterrissage passant à quelques mètres de la tête des vacanciers ? Ou bien encore ces touristes avides de kérosène qui se laissent « souffler » par les liners plein gaz, au décollage ? Faîtes une recherche sur www.airliners.net avec les mots clefs « TNCM » ou « Juliana » pour vous rafraîchir la mémoire ou consulter les messages de mon blog que j’ai commis les années passées (en 2003 : ici et ici, en 2004, c'était par là et par là).

A Juliana, la piste préférentielle est la 09 vue les vents dominants. Au bout de la 09, il y a une colline (cf. vidéo du décollage à bord d’un A340) imposant, aux liners juste après le décollage, un virage au cap 140 dès le passage du bout de piste. L’approche n’est pas plus difficile qu’une autre au dessus de l’eau. C’est l’ambiance de ce terrain, sa renommée et toutes ces photos depuis la plage que j’ai moi-même eut la chance de faire les années précédentes qui rendent ce terrain exceptionnel et si particulier. Bien sûr, j’y suis déjà venu en Boeing 747 et en A340 en tant que passager parfois cockpistonné (merveilleusement), assis sur le jumpseat central en arrivant de Santo-Domingo ou de Paris Charles-De-Gaule. Je n’avais encore jamais eut l’occasion d’y poser mes roues de pilotaillon. Pas en Cessna 150. Et surtout pas en étant pilote.

Je retrouve Frank, mon instructeur à Grand-Case. Je dis « mon », car j’ai la chance de pouvoir revenir à St-Martin et de le retrouver à chaque fois pour qu’il m’amène en vol. L’aéroclub Evasion Caraïbes est toujours là, un peu à l’écart des bâtiments neufs réservés aux vols commerciaux. D’année en année, les containers typiques des installations des Antilles se transforment en charmant ClubHouse d’aéroclub. J’apprécie toujours autant la climatisation (même mon aéroclub des Alcyons n'en dispose pas, m’avait fait remarquer Frank lors de son passage à St-Cyr : « ouch… y fait chaud… y-a pas la clim ici ? »). Une terrasse sur l’un des deux containers est même prévue avec un siège d’arbitre/instructeur (comme au tennis) pour surveiller le lâcher des élèves (« trop haut… trop bas… trop rapide… trop de rebond… two points »).

Le PA28 November-32111 (cf. les récits des années passées à St-Martin) doit changer de moteur. Il est à St-Eustache. J’apprendrais plus tard, qu’il devra aussi changer d’hélice. Je ne le retrouve donc pas cette année. Par chance, depuis l’année dernière l’aéroclub dispose d’un Cessna 150. Vols dans les Caraïbes… dans un nouvel avion ? Que demander de plus ? Que du bonheur…

Nous mettons du temps avant de nous diriger vers l’avion car après le séjour de Frank en métropole, nous échangeons beaucoup sur les différences entre ici et la France. Les repères au sol, les navigations, les terrains, les SIV, les espaces aériens, la météo, les appareils, la mentalité. Tout y passe ;-) Et après une heure de discussion à bâton rompu :

- « Bien… alors, si on allait voler ? Qu’est-ce-que tu veux faire ? »

Le Père Noël s’adresse à un des enfants assis au pied du sapin.

- « Un toucher sur Juliana, ça serait possible ? »

Le Père Noël se retourne, attrape sa hotte et fait mine de chercher à l’intérieur.

- « Bien sûr ! On va les appeler avant, pour prévenir mais ça ne devrait pas poser de problème. »

Le Père Noël a trouvé mon cadeau.

Petit passage rapide à la tour de Grand-Case pour faire connaissance avec l’AFIS et demander à ce qu’on les prévienne de nos intentions. J’en profite pour faire des photos et enfin réaliser mon traditionnel passage dans les tours des terrains que je fréquente. Je n’avais pas eut l’occasion de le faire les années précédentes. C’est maintenant chose faite.



La "tour" de Grand-Case



Retour dehors, et petit tour du propriétaire… euh de l’avion… parqué sur les emplacements réservés à l’aviation générale. Frank soulève par l’arrière le frêle Cessna pour le faire pivoter sur lui-même. Comme un jouet. Le 150 est maintenant dans le bon sens.



Rapide tour du propriétaire. Je n’ai jamais volé sur le petit Cessna. J’ai eut la chance de faire quelques vols sur 182 et 172, mais bizarrement, je n’ai jamais inscrit une ligne dans mon carnet avec l’avion fétiche d’école des américains. C’est dû à l’élevage aux Robins ;-) L’avion est petit et me semble bien agencé. On trouve tout ce qu’il faut et je ne suis pas perdu en retrouvant un badin gradué en mph (couronne interne en kt), un horizon, un compte tour… comme dans un avion ? Cela ressemble décidément à Flight Simulator, lorsque je remarque le transpondeur positionné sur 1-2-0-0 (code VFR aux US).

Je parcours la check list. Comme à St-Cyr ;-) Quelques consignes données par Frank. Rappel des vitesses caractéristiques alors que je me bat avec le frein de parking : 65mph la rotation, 75mph la montée initiale avec ou sans volet. L’AFIS, visité quelques minutes auparavant, nous challenge en faisant la phraséo en anglais. Ca a vanné à la tour… le petit parisien dans le petit Cessna… Bonne exercice qui ne durera pas longtemps. On s’amuse mais tout compte fait nous sommes dans un avion et il vaut mieux que ce soit Frank qui s’occupe de ça. J’ai déjà pas mal à faire avec ce nouvel appareil tout petit soit-il. On verra une autre fois. Bien m’en prendra lorsqu’on arrivera sur Juliana. Là, il ne s’agira pas d’un AFIS francophone faisant la radio en anglais avec « no trafic to report ».

Le cockpit du N66704


Aligné sur la 12 de Grand-Case. Vent du 130 pour 12 nœuds avec des rafales 20 kts annonce l’AFIS. Ca n’élève aucun soupçon dans mon esprit. Allons-y. Puissance maximum appliquée… puissance disponible… badin actif. J’oublie de regarder la manche à air, m’appliquant à rouler droit sans « mettre le manche dans le vent ». Frank me reprend. Le Cessna 150 accélère doucement. Arrivent les 60 mph, je tire trop sur le manche, l’appareil se cabre et prend rapidement quelques mètres. Soudain une « rafale » (en tout cas pour moi, pilotaillon de St-Cyr) nous balance à droite. J’ai à peine le temps de comprendre, qu’une seconde nous balance à gauche. Je tente de rester dans l’axe… de quoi d’ailleurs ? Je ne vois plus la piste. Un coup d’œil au conservateur et mon regard est attiré par la bille. Un peu de pied pour chasser la bille… trop de pied… je relâche la pression… de nouveau une rafale… etc… et je me bat avec l’appareil. Je suis toujours attentif au badin, le petit Cessna accélère et nous montons. Krévindiou ! Quel décollage ! J’avais oublié ces conditions des îles !

- « Il y a plus de vent que par chez moi ! »
- « Tiens ton axe »
- « Passant 300 pieds… y-a rien à faire sur cet appareil ? »

Nous avons décollé « léger » sans volet. Ici, pas de pompe, pas de phare (et a fortiori pas de trains rentrants ;-)

- « Ba non, c’est un avion tranquiiiiiiiiiiiille… mais je donne tout de même une check à mes élèves pour qu’ils aient quelque chose à faire »
- « Et on vire vers Juliana ? Par la droite ? »
- « Non, plutôt par la gauche, ils nous attendent par le nord »

Au premier plan l'aérodrome de Grand-Case et au fond Juliana


J’avais regardé la carte la veille en m’imaginant qu’on partirait par la droite. Hein ? Pourquoi pas !

Nous arrivons au dessus de l’étang Chevrise, puis la plage d’Orient Bay. Le Cessna avec ses ailes hautes m’oblige à regarder en bas. Et en dessous c’est « l’horreur ». Je ne vois qu’une multitude de bleu différents alors que nous arrivons au dessus du rivage. Les fonds sont splendides vu de 500 ft et je n’arrive plus à regarder devant. C’est un vrai piège ces avions à aile haute, moi qui ne vole que sur les DR400 et DR221 où il faut incliner l’appareil pour voir sous la quille. Ici, c’est l’inverse. En virage… c’est le néant total. Il faut mieux vérifier avant. Après, on est dans le flou complet.

Nous passons l’île Pinel (j’irais le lendemain y faire du masque-tuba avec ma fille entourée de dizaines de poissons multicolores), Grandes Cayes et Petites Cayes sont laissées sur la gauche. Je suis toujours absorbé par la… ou plutôt les couleurs de l’eau vue du ciel. Pas de doute, nous sommes dans les Caraïbes et il est juste impossible de se concentrer sur le pilotage.


L’île de Tintamarre est laissée sur la droite. Devant nous, la grande île voisine d’Anguilla, à quelques encablures, alors que nous sommes pratiquement vent arrière de la 12 de Grand-Case. Puis rapidement, nous passons le village de Grand-Case, Happy Bay, Friar’s Bay… Cela « sonne mieux » que « sortie ouest », « verticale N12 », « en sortie par le nord » ou « passant RBT »… ;-)

Nous quittons Grand-Case Information à 1500 ft. « See in a while ». Il est temps de prendre contact avec Juliana. 118.7 est affichée sur le COM et là, soudain… d’un seul coup… ça déroule en anglais dans nos casques. Frank trouve un bref « trou » pour caser son message. Râté. On a marché sur quelqu’un d’autre de plus fort… Juliana lui répond. Nouvelle tentative. Il faut s’imposer.

- « Juliana, Cessna 150 November-7-0-4 good day ! »

Le port de Marigot est passé rapidement alors que le contrôleur de Juliana débite à une vitesse folle. Pas une seconde de libre sur la fréquence. Il doit être assoiffé rapidement. Ca blabatte rapidement et efficacement. On sent un côté très-pro que je n’ai pas l’habitude d’avoir dans mon casque. On devine des trafics par le sud du terrain alors que nous arrivons par le nord et la Baie Nettlé. Frank me fait viser les bâtiments de Terre Basse (peut-être ? Estimation après-coup, parce qu’en vol, je vais là où Frank me dit d’aller). Je m’exécute. Nous sommes numéro 5 pour un touché. Ouch. Numéro 5. Le contrôleur nous demande de rappeler en visuel d’un Cessna Caravan numéro 4 (« advise when Caravan in sight »). Frank devine un appareil en longue finale, j’en vois un virant en base. Il n’y a que du bleu autour de nous.

Ca débite toujours autant sur la fréquence. J’en ai « plein le casque ». Je suis aux anges (« que du bonheur »). Un des rêves de pilotaillon du dimanche se réalise. Je suis en train de m’insèrer dans le circuit de Juliana et je suis partagé entre tenter de comprendre ce qui se passe, le pilotage, la beauté du paysage et l’exceptionnel moment que je vis. Heureusement que Frank est là, à droite.

Soudain entre tous les messages (en anglais), le contrôleur s’adresse à nous :

- « Seven-Zero-Four, turn heading two-seven-zero »

On ne discute pas. Frank collationne et je tourne vers la droite allongeant ma vent arrière.

Deuxième vecteur, puis on vire en base main gauche. Nous voilà numéro 3. Je devine la 09 comme je l’avais en souvenir depuis le jumpseat de l’A340 d’Air France, sauf que là je suis assis à gauche d’un (tout) petit Cessna.

- « Euh, on a pas préparé l’avion ! »

Nous déboulons à 110mph, plein gaz, tout rentré.

- « Ah non, là on y va plein gaz… y-a du monde devant et derrière »
- « ah baaaa oui… ça pousse derrière »

Dernier virage. Je m’axe comme je peux. Comme dans un avion de chasse, nous regardons partout à la recherche des trafics environnants. Devant nous un… un… appareil (certainement) est en courte finale. Un second dégage sur Delta ( ?). Un autre est juste derrière nous. Je n’ai jamais identifié le Caravan et à la radio on entend des trafics partout. Au secours !

Le petit Cessna déboule à 100mph, maintenant. Tout est toujours rentré. Je tente de comprendre pourquoi je n’ai pas deux rouges – deux blanches sur le VASI. La main droite sur les gaz, la main gauche (très) crispée sur le volant du Cessna. Je n’ai pas l’envie, ni le temps de sortir l’appareil photo.

Je suis en finale sur la 09 de Juliana !

La 09 vue par GoogleEarth


Le seuil est là…La plage de Maho d’où l’on prend les photos s’offre à moi. On est :

- « Seven-Zero-Four, cleared to land, One-Zero-Five, One-two knots»

En courte, on réduit tout… l’avion ralenti, l’aiguille rentre dans l’arc blanc… Je sors un cran (10 degrés)… Je garde l’œil gauche sur le repère des volets qui descend… pendant que l’œil droit regarde le badin… je passe la plage à 80mph…. Je ne sais plus où regarder… tout défile… la plage… les hôtels… les liners sur le parking… la radio qui débite en anglais… l’ancienne tour de Juliana, là juste à gauche… tout va trop vite… les bâtiments caractéristiques jaune et bleu… le nouveau terminal… le 09 peint sur la piste se pointe au bout de l’hélice… le badin… le VASI… les casinos… un 737 roule vers le point d’arrêt Alpha… la plage… le grillage… le panneau (« Beware Jet Blast »)… 50 pieds… plein réduit… le paysage défile très vite… je n’ai pas le temps de regarder… tout s’accélère… on descend encore…. Je cabre un peu le petit Cessna… j’écoute Frank…tout va trop vite…

Je tente de décraber l’appareil au pied… alors que nous sommes sur la ligne blanche de la 09… Je n’ai aucune idée des vents, pris par le moment, je n’ai pas du tout souvenir de la clairance. Je touche la roue de droite… puis la gauche… l’avion ralenti… et la roulette avant touche la piste… Je remets les gaz… Pas de réchauffe à pousser… pas de volet à rentrer, on reste en config. 10 degrés. J’accélère sur la piste…. Le regard scotché devant moi de façon hypnotique et tous mes sens en éveil pour capter sur 180 degrés le paysage idyllique qui défile sur les côtés pour un simmer/pilotaillon parisien… Sur la gauche, j’ai à peine le temps de voir un TwinOtter de la WinAir. Il faut que je regarde devant, le Cessna reprend de la vitesse… Déjà 70mph… je tire sur le volant… l’avion s’élève.

Juste après avoir quitté la 09, le contrôleur autorise déjà un autre appareil à l’atterrissage. Il n’y a qu’une piste et cela… s’entend. Nous quittons rapidement (à la vitesse d’un Cessna 150 tout de même) le circuit de Juliana. Puis nous revoilà en base main droite pour la 12 de Grand-Case. L’excitation est à peine retombée. C’est la routine pour Frank, mais un moment inoubliable pour moi. Il est encore trop tôt pour rentrer. Un touché… remise de gaz… moins pire qu’à Juliana, je commence à emmagasiner les consignes de Frank. Dès que je réduis l’avion pique du nez… et prend de la vitesse. Je flirte trop avec l’extrémité de l’arc blanc.

A Grand-Case, je retrouve aussi la particularité de ce terrain enclavé entre deux immenses collines,un village et de l’eau au seuil. Deux manches à air. La première au seuil de la 12, la seconde au milieu. Les vents ne sont pas orientés de la même façon à cause de la géographie locale. En courte, je suis aspiré par le village de Grand-Case. Arrivant déjà trop bas, je vois les loupiottes rouges s’allumer. Frank m’avait prévenu et par deux fois, je me fais avoir. Des gaz… mais pas trop pour ne pas finir au second régime, piquer un peu du nez (et oublier cette tendance à vouloir aller plus loin), prendre les habitudes locales des plans… un peu raides ;-) et piquer sur les chiffres de la piste.

De nouveau un tour de piste. Encore trop tôt pour rentrer. Passage au dessus de la plage à 500 ft où ma fille et ma femme prennent le soleil. Je fais plusieurs virages avec une excellente vue vers le bas, mais aucune visibilité dans le virage. Vive les Cessna ! On ouvre la fenêtre pour faire des photos et l’avion tire du côté où la fenêtre est ouverte (« comment sortir toute la ferraille » ?)

La plage d'Orient Bay

Nous revoilà en vent arrière et toujours pas l’envie de rentrer. A droite l’île d’Anguilla.

- « Tu as déjà été à WallBlake ? »
- « WallBlake ? Ah, non ! »
- « Alors file à droite, tu vois là, au milieu, on devine le terrain »
- « Un terrain à droite ? Non… »

L'île d'Anguilla et le terrain de WallBlake


Je tourne quand même. Nous appelons Grand-Case Information et filons vers WallBlake. Un aéroport avec une très grande 10/28. Allons poser nos roues sur un terrain inconnu ! Chic !

En chemin nous discutons. Ca blablatte dans l’étroit cockpit. Et il me faut un effort surhumain de concentration pour me rendre compte que je suis dans le tour de piste de la piste 10 de WallBlake à Antigue après plusieurs tours de piste à TFFG et un toucher sur la 09. La base, puis le dernier virage se présente. Aguilla est anglais, alors forcément dans le coin la radio est encore en anglais ;-)

- « On final runway 10, Seven-Zero-Four »

Encore un touché. Encore du « sur-pilotage » comme dit Frank. Je joue trop avec le volant du Cessna. Je ne le compense pas ou peu et je me défends en répondant que « je veux le piloter, je ne veux pas qu’il vole tout seul ! C’est mon moment à moi ! » ;-)

- « Je t’ai parlé de Scrub Island ? L’île des trafiquants de drogue où un avion a été détruit par la DEA ? »
- « Oui, mais nous n’y sommes pas allés ! »
- « File tout droit, c’est là juste devant et d’ici on devrait être en finale de ce qu’il reste de la piste… qui était déjà sommaire. Tu vois la bande d’herbe un peu plus claire au milieu de l’île ? »

Je ne vois pas grand-chose. Du bleu. Des bleus. Un petit bout d’île, avec du jaune et du blanc autour (la plage et les vagues) et du vert dessus (la végétation). Mon œil n’est vraiment pas habitué à chercher des terrains au milieu d’ilôts. Trouver un VOR planqué à l’est de Pithiviers, oui ! Mais pas une piste désacfectée/abandonnée sur une île déserte !

Nouvelle présentation sur cette pseudo piste recouverte de... cabris ! Alors que nous arrivons en courte et que Frank fait des photos, il me demande tout de même inquiet :

- « Euh... tu te pose pas hein... tu remets les gaz ?! »

Sourires partagées à bord du Cessna. Je savoure ces courts instants de pilotage.

En courte sur Scrub Island


On devine une carcasse d’avion dans le coin en bas à droite de la photo alors que j’arrive en courte… et je vois, lors de la remise des gaz des dizaines de cabris courir dans tous les sens apeurés par le bruit du 100 chevaux qui repart de plus belle. Frank m’explique qu’il vient souvent avec ses élèves pour s’exercer. L’île est déserte et à quelques minutes de vol du terrain de Grand-Case.


Puis dans la montée initiale, virage à droite car il faut bien revenir sur terre. Il faut bien rentrer à Saint-Martin.

8 commentaires:

Yann a dit…

Oh quel vol !!!
J'étais pris dedans du début à la fin, on sentait le rythme du coeur s'accélérer pour le toucher, bref du grand "Bazillio". Un énorme merci Vincent pour ce très beau moment.
Amicalement, Yann

patrice a dit…

Bon ben voilà, après avoir lu ça moi je vais me remettre à poncer et à peindre...
J'ai envie d'aller me faire une approche sur l'eau à...Granville! On a les caraïbes qu'on peut! :-)

D'ailleurs va falloir que tu viennes en Bretagne un de ces jours ;-)

Anonyme a dit…

Wouah, du pur bonheur que tu viens de me faire vivre. Moi qui suis dans mes travaux avec temps de chiotte en prime, je viens de m'évader le temps de la lecture de ton récit.

Encore merci Vincent pour ce rayon de soleil antillais.

Amitiés

Ludo

Aurélien B. a dit…

Très beau récit ! Quel talent d'écriture ! Je m'y croirais presque !
Content que tu aies pu faire du C150, moi je fais toute ma "PPLisation" sur C152 (même cockpit, mais un poil mieux motorisé).
Question vacances, je reviens de Montréal où j'ai pu faire une rascol-avion avec un colibri des Alcyons ;-) .
Amitiés.
Aurélien

Thierry a dit…

Un concentré de rêve dans un style toujours aussi agéable à lire... et à relire.
Bravo Vincent
Thierry

Skydig a dit…

Bon ben j'ai trouvé la réponse du kézaou !

Sympa ton récit ! C'est vrai qu'à Juliana quand il y a du monde, faut pas se prendre les pieds dans le tapis de la phraséo en Anglais !

Juste un petite remarque : l'île au nord de St Martin c'est Anguilla (Wallblake). Antigua c'est au sud avec son aéroport "VC Bird" (TAPA)...

Vincent B. a dit…

>Bon ben j'ai trouvé la réponse du kézaou !
Pour ceux qui ne comprendraient, Skydig fait référence à un message que j'ai posté sur la mailinglist PilotList ;-)

> l'île au nord de St Martin c'est Anguilla (Wallblake). Antigua c'est au sud avec son aéroport "VC Bird" (TAPA)...
Merci ! Décidément, je n'arrive pas à le mémoriser. Je corrige de suite !

Anonyme a dit…

« TNCM pour les adeptes des acronymes »

Désolé mon Vincent, mais TNCM n'est pas un acronyme :))) Un acronyme, pour faire simple, c'est une abreviation qui se prononce. J'ai beau essayer mais j'ai du mal à prononcer TNCM ... C'est en quelle langue ? en ICAO ? Ah ok :) Je la parle pas :)

Notam pour moi meme > Interdiction de lire le blog de Vincent sous peine de réservation immédiate de billets chez madame AirFrance KLM :)

Au fait, NOTAM est un acronyme :)

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